La surface de l'œil est recouverte en permanence d'un fin film lacrymal, renouvelé à chaque clignement. Il comprend trois couches : une couche muqueuse au contact de la cornée, une couche aqueuse au centre, produite par les glandes lacrymales, et une couche lipidique en surface, sécrétée par les glandes de Meibomius situées au bord des paupières. Cette couche grasse limite l'évaporation. Les larmes s'évacuent ensuite par de petits canaux lacrymaux, au coin interne de l'œil, vers le nez. En cas de production insuffisante ou de mauvaise qualité des larmes, la rupture du film lacrymal survient trop vite : la surface oculaire n'est plus protégée, d'où les picotements. On parle alors de syndrome de l'œil sec.
Les causes sont souvent multiples, et il est utile de les identifier. Les facteurs environnementaux sont les plus fréquents : travail prolongé sur ordinateur, qui fait moins cligner des yeux, air sec, climatisation, chauffage, vent, fumée, pollution ou voyages en avion. L'âge joue aussi : la production lacrymale diminue avec les années, en particulier chez la femme à la ménopause, sous l'effet des changements hormonaux. Le port prolongé de lentilles, une chirurgie réfractive, certains médicaments pris par voie générale ou une blépharite, inflammation du bord des paupières, peuvent y contribuer. Plus rarement, un syndrome sec s'inscrit dans une maladie auto-immune, comme le syndrome de Gougerot-Sjögren, où le système immunitaire s'attaque aux glandes qui produisent les larmes et la salive.
Le signe le plus typique est une sensation de sable dans les yeux ou de corps étranger. S'y ajoutent des picotements, une sensation de brûlure, des yeux rouges, une fatigue oculaire en fin de journée et parfois une vision floue qui s'éclaircit en clignant. Paradoxalement, l'œil sec peut aussi larmoyer : les larmes réflexes, de mauvaise qualité, ne protègent pas l'œil. Ces signes s'aggravent souvent devant un écran, en voiture ou dans une pièce surchauffée. Des démangeaisons marquées font plutôt penser à une allergie, qui se soigne autrement.
Les larmes artificielles liquides conviennent à une gêne légère ou occasionnelle : elles s'instillent plusieurs fois par jour, par exemple 1 goutte dans chaque œil 4 à 6 fois par jour pour Théalose selon sa notice. Les gels sont plus visqueux et restent plus longtemps sur l'œil : 2 à 4 fois par jour pour Gel larmes, 3 à 5 fois pour Liposic, notamment avant le coucher. Les unidoses et les flacons sans conservateur sont préférables en cas d'usage fréquent ou d'yeux sensibles. Gel larmes contient un conservateur, le chlorure de benzalkonium : vérifiez la notice si vous portez des lentilles. Pour comparer, lisez notre article quels médicaments choisir contre la sécheresse oculaire.
Lavez-vous les mains avant chaque instillation. Inclinez la tête en arrière, regardez vers le haut et tirez doucement la paupière inférieure vers le bas pour former une petite poche. Déposez le produit sans que l'embout touche l'œil, les cils ou les paupières, afin de ne pas contaminer le flacon. Fermez ensuite l'œil quelques instants. Si vous devez utiliser plusieurs produits, espacez-les de quelques minutes. Une unidose se jette après usage, sauf mention contraire. Respectez la durée de conservation après ouverture indiquée sur l'emballage, et tenez les produits hors de portée des enfants.
Devant un écran, pensez à cligner des yeux volontairement et à faire des pauses régulières en regardant au loin : votre confort visuel s'en ressent. Placez l'écran un peu sous le niveau des yeux et évitez que l'air de la climatisation ou d'un ventilateur souffle vers votre visage. En hiver, aérez les pièces surchauffées ; un humidificateur peut aider à maintenir un taux d'humidité correct dans la chambre. Pour prévenir l'inconfort en extérieur, évitez de vous exposer longtemps à la fumée. Portez des lunettes de soleil en cas de vent. En cas de blépharite ou de dysfonctionnement des glandes de Meibomius, un ophtalmologiste peut conseiller des compresses tièdes ou un masque chauffant et un nettoyage doux des paupières. Le soir, retirez soigneusement le maquillage des yeux.
Quand la gêne dure, l'ophtalmologiste examine l'œil à la lampe à fente, avec un colorant qui révèle les zones abîmées de la cornée, et vérifie la sécrétion des glandes des paupières. Le test de Schirmer, une petite bandelette de papier placée au bord de la paupière, mesure la production de larmes. Il peut ainsi préciser le type de sécheresse et en rechercher la cause. Une sécheresse sévère non prise en charge peut entraîner une complication : une kératite, inflammation de la cornée, qui favorise également le risque d'infection. Selon les cas, le médecin prescrit un traitement adapté, parfois anti-inflammatoire, ou propose d'autres solutions. Chez l'enfant, des yeux rouges ou douloureux doivent toujours être montrés à un médecin.